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Mardi 19 janvier 2021. Il est 6h. j’apprends la mort de JEAN-PIERRE BACRI (magnifique « Un air de famille » entre autre). D’un coup, ma biscotte généreusement garnie de confiture de banane n’a plus le même goût. La journée commence mal.

Un peu plus tard, direction la chambre d’agriculture pour une formation dite de renouvellement de mon certiphyto (certificat pour utiliser les pesticides) obligatoire pour tous les agriculteurs, même en bio. Nous sommes une quinzaine de paysans-nes réunis masqués autour de la table avec, au centre, une formatrice absolument sympathique, souriante et respectueuse.

Dès le début, le décor est posé par notre « professeure » employée à la chambre d’agriculture (petite sœur de la FNSEA) qui nous dit : « Vous savez, la réduction de 50% des pesticides en 10 ans proposé par le grenelle de l’environnement en 2008 était une utopie ». Définition d’utopie : projet irréalisable.
Très bien. Voilà une position qui à l’avantage d’être claire mais que pourraient pourtant nuancer bon nombre de professionnels, de collectifs ou d’associations qui travaillent depuis des décennies sur des alternatives à la chimie qui fonctionnent très bien à qui veut s’en donner la peine.
Nous allons ensuite retrouver cette position durant toute la journée. Une position assumée, et pas franchement nouvelle à dire vrai dans la pensée agricole majoritaire, que la chimie reste incontournable et pas aussi dangereuse que cela.
Néanmoins, il convient de stipuler qu’une partie non négligeable de la formation aborde aussi des sujets importants tels que les dangers des pesticides sur les hommes et l’environnement et quelques alternatives possibles. Mais ces alternatives sont présentées sans aucune conviction. Elles sont illustratives et marginales. Aucune présentation d’agricultures
sans pesticide existantes qui fonctionnent pourtant très bien. Aucun témoignage d’agriculteur bio qui permettrait de montrer à l’assemblée le champ des possibles. Aucune présence d’associations qui travaillent depuis des années sur des alternatives avec des résultats intéressants et encourageants. Elles sont pourtant si nombreuses et si présentes sur tout notre territoire et dans tous les secteurs de l’agriculture. Au final donc, une impression de résistance au changement. D’un dogme ancien et central qui ne peut être dépassé. On y réfléchi, certes, mais sans trop y croire. On ne cherche pas. On ne fouille pas.
J’ai vécu la même situation lorsque j’ai commencé à vinifier sans sulfite mes Crozes-Hermitage et Saint-Joseph rouges et que j’ai rencontré toute l’hostilité de mon œnologue à cet égard. Peut-être trop formatée par des années d’études durant lesquelles la confortable chimie remplace la contraignante connaissance du vivant.

Face à cela, dans la salle, une quinzaine d’agricultrices et agriculteurs extraient de leurs exploitations pour un jour. Plusieurs échanges durant la journée un peu « brut de décoffrage » fidèles au monde agricole. Mais notons surtout, avec espoir, une certaine curiosité des participants, la plupart travaillant en agriculture conventionnelle, sur les possibilités d’adopter de nouvelles méthodes de travail plus respectueuses de l’environnement. Quelle incroyable opportunité aurait été de pouvoir leur montrer, à ce moment-là, les possibilités de changement ! Une opportunité qui n’a malheureusement pas été saisi par l’instance en charge du programme de cette journée. Dommage.
Et puis, à plusieurs reprises, des objections du groupe sur la précipitation des choses. Sur cette pression que la société nous inflige à devoir changer notre modèle de production trop rapidement sans nous laisser le temps de nous organiser, de nous adapter, d’apprendre. Un peu comme un collégien un dimanche soir en colère contre ses parents qui lui demandent de faire ses devoirs alors qu’il avait tout le week-end pour s’y coller.

Bref, encore beaucoup de travail et de temps pour voir dans nos campagnes un changement radical des méthodes de travail et de pensées. Alors que nous pourrions pourtant avancer tellement plus vite en s’inspirant des femmes et des hommes qui savent comment nous passer de la chimie et retrouver un lien plus étroit avec la nature qui nous donne nos récoltes.

Alors, même si les râlements de Monsieur BACRI se sont tus à jamais, espérons que les courants politiques, aujourd’hui en majorité dans le monde agricole, sortiront bientôt de leur longue agonie pour se relever et marcher heureux vers une direction plus raisonnable et mille fois plus épanouissante et valorisante.

 

https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F31192

https://www.fnsea.fr/

https://dictionnaire.lerobert.com/definition/utopie

crédit photo : Théodore Géricault – Le radeau de la méduse

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